Il paraît que ce billet est le centième que je publie sur ce blog. Déjà!
Pour l'occasion, j'ai décidé de re-publier deux articles de mes archives, deux articles qui décrivent les deux moments clés sans lesquels ce blog n'existerait pas:
- le jour où j'ai découvert que ce n'était pas un mais deux bébés qui allaient nous rejoindre
12 semaines. 12 semaines entre le moment où la ligne bleue apparait sur le test de grossesse et le jour où l'on découvre enfin ce nouveau bébé sur un écran ... C'est bien long quand c'est la première fois! Mais le grand jour finit enfin par arriver. Tout avait bien commencé, il faisait beau, chaud, une belle journée de printemps. Nous sommes arrivés à l'hopital avec beaucoup d'avance et dans la salle d'attente, je sirotais tranquillement ma bouteille d'Evian comme on me l'avait recommandé. Sauf que je ne savais pas qu'on allait devoir attendre aussi longtemps et que je n'avais pas besoin de boire autant ! Quand on nous a enfin fait passer dans la salle de consultation, j'étais déjà en larmes tellement j'avais besoin d'aller aux toilettes ! La radiologue a poliment mis ça sur le compte de l'émotion...
L'échographie commence - première surprise, le gel dont on enduit le ventre des futures mamans est chaud et beaucoup moins désagréable que ce à quoi je m'attendais. Enfin le grand moment arrive. Notre bébé est là sur l'écran, parfaitement formé, je m'attendais à un petit haricot, mais il ressemble déjà à un vrai petit être humain avec un coeur qui bat à toute vitesse ... La radiologue nous décrit ce que l'on peut voir sur l'écran, sa tête, son coeur, ses bras et là une de ses jambes ... Oh et puis attendez il y en a un(e) autre (oh and here is another one) ... Un(e) autre quoi ? Une autre jambe? J'espère bien, je ne suis pas préparée à avoir un bébé unijambiste ... Et dans sa lancée, sans aucun préliminaire, elle continue: et voilà votre deuxième bébé, félicitations, ça en fait deux pour le prix d'un !!!
A cet instant, je ne pense plus à ma vessie et je commence à me répéter en boucle "Oh my God, oh my God, oh my God". Après quelques secondes de panique intérieure, je me tourne vers le Petit Chimiste et son visage est illuminé par un immense sourire. Je sais que tout va bien se passer.
Je ne me rappelle pas du reste de l'échographie. On ne saura jamais qui étaient twin 1 et twin 2 ce jour là et heureusement parce que j'ai complètement zappé le pauvre twin 2. Mon cerveau tournait à toute vitesse avec des milliers de questions, de considérations pratiques et de "pourquoi nous?". On est sortis de la pièce, nos photos à la main et une expression de choc sur le visage - ou dans le cas du Petit Chimiste, le même sourire béat ! Dans la salle d'attente, en attendant de voir la sage femme, j'ai continué à paniquer et à bombarder le Petit Chimiste avec toutes mes questions, tout ce qui allait devoir changer dans notre vie, deux fois plus de mobilier, une plus grande voiture etc ... Lui, comme toujours, est resté serein et a réussi à me rassurer et me réconforter.
Plus tard, après le rendez vous avec la sage femme, nous nous sommes un peu remis de nos émotions et décidons d'aller manger un morceau en ville. Sur le chemin, une seule conversation sur nos lèvres... Nous devions vraiment avoir l'air de deux idiots avec nos sourires extatiques lorsque le choc initial fit enfin place à un immense bonheur...
- et puis, le jour où nous avons enfin fait connaissance avec nos deux petits mousses après 8 mois d'attente
C'était un dimanche ... Après une soirée au restau marocain sur Great Western Road, je m'étais couchée vers minuit et m'apprétais à faire une belle grasse matinée bien au chaud sous la couette sachant très bien que cela serait une des dernières que je ferais d'ici une dizaine d'années! A 4h du matin, comme tous les matins, une sensation familière m'a réveillée. Alors que je me retournais dans le lit pour aller éliminer mon thé à la menthe, j'ai entendu un "pop" puis je me suis retrouvée trempée! A moitié endormie, je n'ai pas compris tout de suite ce qui se passait. Pas très futée quand même vu mon état, mais moi non, il m'a bien fallu 5 minutes pour comprendre ... Je suis allée m'asseoir dans le canapé et j'ai ouvert mon livre "Your Pregnancy weeks by weeks" au chapitre sur l'accouchement. Il peut se passer des heures entre le moment où la poche des eaux se rompt et le début des contractions alors je me suis dit que j'allais "réviser" - oui je suis comme ça moi! Mais le Petit Chimiste qui devait trouver son lit un peu trop vide s'est réveillé et est venu voir ce qu'il se passait. Il a trouvé que c'était un peu tard pour les révisions vu que je connaissais déjà le livre par coeur et qu'il valait mieux faire quelque chose de plus constructif. Par exemple appeler la maternité.
Je me suis donc exécutée en expliquant à la sage femme de service que je pensais avoir perdu les eaux mais que je n'avais pas de contractions et que j'avais bien envie de retourner finir ma nuit. Un sentiment qui allait devenir bien trop familier dans les semaines à venir... Mais elle ne partageait pas mon opinion. Avec les grossesses multiples on n'est jamais trop prudent elle m'a dit, vous feriez mieux de venir tout de suite. En plus il commençait à neiger alors c'aurait été vraiment trop bête de se retrouver bloqués à la maison avec deux bébés en route! J'ai attrapé ma valise et dit adieu à ma vie calme et organisée, à mon appartement propre et rangé. On beau s'y préparer pendant des mois, qu'est ce que ça fait drôle de fermer la porte derrière soi et de se dire que la prochaine fois que l'on repassera cette même porte, on sera quatre...
Arrivés à la maternité, il ne neigeait plus, je n'avais toujours pas de contractions et je me disais vraiment que j'aurais mieux fait de ne rien dire à personne et de rester au lit! Une fois examinée par le médecin de nuit, elle a confirmé qu'effectivement, la poche des eaux s'était rompue. Comme le risque d'infection devient un problème une fois que les bébés ne sont plus protégés par le liquide amniotique, il fallait me garder en observation. Elle m'a donc trouvé un lit dans le service de prénatalité et m'a suggéré de dormir en attendant que quelque chose se passe. Elle a renvoyé le Petit Chimiste à la maison avec la même consigne. Evidemment, moi j'étais maintenant excitée comme une puce, trop impatiente de rencontrer enfin mes bébés pour vouloir dormir.
Vers 7h, j'ai enfin réussi à trouver le sommeil, pour être finalement réveillée par ma première contraction dix minutes plus tard. Rien de trop douloureux pour commencer, des petites contractions toutes les 10 minutes, je me suis dit que ça allait être trop facile cette histoire! A 8h, l'obstétricien de service est passé et m'a annoncé que je n'en étais qu'à un pathétique 1cm.... Vous êtes là au moins pour la journée, il me dit, je repasserai vers midi pour voir où vous en êtes. Quelle déception, moi qui espérais voir mes bébés bientôt, voilà qu'il allait me falloir attendre encore une journée, voire même plus ... J'ai commencé à me promener dans le service, dans le vague espoir de faire accélérer les choses et puis surtout parce que ça m'occupait l'esprit d'être en mouvement!
Vers 10h, le Petit Chimiste a téléphoné pour savoir si il était autorisé à revenir dans le service, je lui ai répété ma conversation avec l'obstétricien pour le prévenir qu'on risquait d'attendre toute la journée et qu'il ferait mieux d'amener de quoi nous distraire. Il a pris ça comme une invitation à prendre son temps: il a pris une longue douche, est allé acheter le journal, fait quelques courses... Il est arrivé peu après 11h alors que mes contractions étaient passées aux 3 minutes et que je commençais à me demander s'il allait arriver à temps et s'il était trop tôt pour demander ma péridurale! Quand j'ai dit à la sage femme que je trouvais tout ça un peu douloureux, elle m'a amené du paracétamol. J'en ai déduit que j'étais une mauviette et que je ferais mieux de me taire et de souffrir en silence. A midi, je souffrais toujours en silence (plus ou moins!) et mes contractions étaient passées aux 90s et duraient pas loin d'une minute chacune. Je trouvais que ça allait un peu vite vu ce que m'avait dit le consultant mais personne n'avait l'air de s'affoler donc encore une fois, je me suis dit que j'allais pas faire mon intéressante et attendre qu'on s'occupe de moi. Quand l'obstétricien est repassé, peu après midi, j'étais à 5cm et il a décidé de me transférer en salle d'accouchement. Je me suis dit que c'était le bon moment pour évoquer ma péridurale, il m'a suggéré 'gas and air' - un mélange d'oxygène et d'oxide nitreux (plus connu sous le nom de gaz hilarant). Encore une fois, je me suis sentie une vraie mauviette... Le temps de tout préparer et de rameuter la foule de personnel qui doit assister à un accouchement de jumeaux, j'avais à peine 10s de répit entre chaque contraction, je pouvais à peine parler, pliée en deux par la douleur et je ne pouvais plus marcher. Ils ont encore perdu ce qui m'a paru une éternité pour trouver un fauteuil roulant mais finalement à 12h15 je suis arrivée dans la salle d'accouchement.
La sage femme qui devait délivrer les bébés a fait les présentations de tout le personnel (infirmières, pédiatres, etc) avant de m'examiner. Quand j'ai vu son regard, j'ai compris que l'on n'allait plus attendre très longtemps et que je pouvais faire une croix sur ma péridurale. J'étais passée de 5 à 10 cm en moins de 10 minutes. 10cm. Le nombre magique qui dit qu'il est temps de se mettre à pousser. A ce moment là avec un timing impeccable, l'anesthésiste est arrivé comme une fleur ..."Vous avez demandé une péridurale?" Il a remballé son matériel et m'a fait promettre de la demander plus tôt la prochaine fois! Quel sens de l'humour...
A partir de là, mes souvenirs de la demi heure qui a suivi deviennent un peu vagues. Le médecin a débranché mon gas and air parce qu'on rigolait trop avec le Petit Chimiste: on trouvait que ça me faisait une voix de Darth Vader et le médecin a du penser qu'on ne prenait pas trop les choses au sérieux... Et là j'ai compris ce que le Bon Dieu voulait dire quand il a puni Eve et lui a dit qu'à cause de ses idioties, les femmes accoucheraient dans la souffrance... Je me rappelle avoir serré la main du Petit Chimiste très très fort, d'avoir ri quand il m'a dit de ne pas crier si fort parce que j'allais faire peur aux bébés, d'avoir dit oui à l'obstétricien quand il m'a demandé si il pouvait utiliser les forceps parce que le premier bébé était en détresse.
Puis enfin, à 12h52, après quelques secondes qui m'ont semblé durer des heures :"it's a boy!" et ses premiers pleurs ... Je me rappelle très clairement le premier regard posé sur mon petit Liam, si petit, si fragile avec ses grands yeux interrogateurs et son visage tout marqué par les forceps. J'ai eu le droit de le prendre quelques précieuses minutes contre moi avant que l'obstétricien me rappelle qu'il y avait un deuxième bébé qui aimerait bien se joindre à la fête! Un bébé encore plus petit, encore plus fragile et encore plus en détresse qui est arrivé lui aussi à l'aide de forceps 8 minutes plus tard. Un deuxième petit garçon! Et un papa ravi! Quand j'ai demandé à voir Noah, la sage femme m'a repassé Liam et m'a proposé de lui faire du peau à peau. Je sais maintenant que c'était une manoeuvre de diversion: Noah a eu besoin d'être 'rescussité' à la naissance. Un terme bien dramatique pour dire qu'il a eu besoin d'un peu d'aide pour commencer à respirer tout seul. 30 secondes sous masque, c'est pas grand chose mais ça m'a paru bien long. Enfin j'ai pu les serrer tous les deux contre moi, les plus beaux bébés du monde à mes yeux ...Très rapidement, tout le personnel médical s'est eclipsé pour nous laisser savourer nos premiers moments en famille. Seuls l'obstétricien et la sage femme sont restés, lui parce qu'il avait un peu de couture à faire et la sage femme pour m'assister pendant les premières heures, s'assurer que je récupérais bien, que les bébés allaient bien et ne se refroidissaient pas.
Le reste de la journée est passé très vite entre mes premières tentatives d'allaitement, le contrôle de nos tensions et températures respectives, les perfusions et prises de sang pour surveiller ma numération globulaire (j'ai perdu pas mal de sang) et déterminer le groupe sanguin des bébés... Et surtout des heures et des heures passées les yeux dans les yeux avec ces deux adorables petits êtres, des heures à caliner, à s'émerveiller, à les regarder dormir, si calmes et tranquilles après cet évènement qui venait de changer leur vie et la nôtre ...Moins de six heures entre ma première contraction et la naissance de mes bébés, certainement pas un record mais les six heures les plus intenses et riches en émotions de toute ma vie! Six heures que je n'oublierai jamais et qui sont maintenant écrites ici pour la postérité.
Les premières photos sont là.
Et très joliment raconté ! Je les avais déjà lu, mais j'ai encore beaucoup d'émotion à relire ces 2 articles pleins de bonheur !
RépondreSupprimerMerci! Je commence a approcher de mon terme (30 juillet) et ca fait du bien de lire comment ca s'est passe pour les autres. J'espere que ce sera aussi rapide et sans problemes pour moi!
RépondreSupprimerCécilouette - merci! Je t'avoue que j'avais les yeux embués en relisant mes billets aussi ... c'est des moments forts pour moi que je n'oublierai jamais ...
RépondreSupprimerTash - je me demandais justement quelle était ta due date, maintenant je le sais :) Je te souhaite que ça se passe bien pour toi! Tu as prévu d'accoucher à Londres ou tu fais partie des expats qui rentrent en France?
C'est malin de me faire pleurer un dimanche après midi! Mais j'ai aussi ri: tu racontes vraiment bien et avec beaucoup d'humour.
RépondreSupprimerJe me souviens du "pop", la seule fois où j'ai perdu les eaux il y a plus de 14 ans maintenant...
je suis une des warriors qui osent accoucher a Londres. Cela ne va pas sans poser des problemes avec la famille mais jusque la tout c'est bien passe au niveau Health Care...il faut dire j'ai un tres bon hospital: il est lie a l'imperial college, un des meilleurs de Londres!
RépondreSupprimerL'accouchement de jumeaux sans péridurale, je ne m'y fais toujours pas. Heureusement tu as de l'humour et une belle plume, et que tout s'est bien terminé avec deux magnifiques bébés, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que l'hôpital a voulu faire des économies. Gas and air, non mais franchement, on voit bien que c'est un homme qui a pris cette décision. Pour l'avoir vécu avec un seul bébé, je t'admire sincèrement.
RépondreSupprimerAnne, je suis désolée de t'avoir fait pleurer! Ca me fait la même chose quand je lis les histoires d'accouchement des autres ;)
RépondreSupprimerTash, il ne faut pas écouter tous les médisants français qui critiquent la NHS. Comme tu l'as toi même dit, il y a des bons hopitaux, il suffit de les trouver ;)
Pascale, effectivement ce n'était pas idéal... En fait l'anesthesiste a été appelé quand ils ont décidé de me transférer en salle d'accouchement mais comme tout s'est accéléré (5 à 10 cm en 10 min, ils ne s'y attendaient pas!) il est arrivé trop tard. J'aurais du insister plus tot, mais quand c'est la première fois on ne sait pas ce qui est "normal" comme douleur ... la prochaine fois je fais un scandale pour qu'ils me la posent dès que j'arrive !!! :D
bravo pour ce magnifique récit!!! ça me rappelle de merveilleux souvenirs!!!!!!!
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