Je pense en avoir déjà un peu parlé ici, nous essayons d'élever les garçons dans le bilinguisme et pratiquons la méthode "un parent, une langue". Dans l'absolu, c'est simple, je leur parle français, leur papa leur parle anglais. Dans la pratique c'est beaucoup plus compliqué - pour moi. Je trouve très difficile de leur parler français quand les gens autour de nous ne le parlent pas, par exemple à la crèche, chez les copains non francophones, chez mes beaux-parents etc ... j'ai toujours l'impression d'exclure notre trio de la conversation. Et à la maison, le papa ne parlant pas non plus français et ne le comprenant pas toujours très bien (oui, je sais ça ne fait "que" 11 ans que l'on est ensemble, passons...), je leur parle souvent anglais en sa présence. Donc finalement, lorsque je travaillais, ils n'étaient pas beaucoup exposés au français - 2 à 3 heures par jour maximum, contre 8 à 9 heures d'anglais minimum... Le résultat, c'était qu'ils parlaient presque exclusivement anglais, même s'ils comprenaient parfaitement le français. Nous avions donc des conversations très rigolotes où nous pratiquions tous la traduction instantanée et ils me faisaient des commentaires en anglais de livres ou de DVDs en français !
Et puis les vacances en France ont tout changé.
Les deux premières semaines, nous étions tous les 4 chez Manou. Même si tout le monde autour d'eux parlaient français, le fait que leur papa soit encore là et que nous communiquions en anglais semblait les freiner. Ils parlaient majoritairement anglais, avec quelques mots de français ici et là, s'adressant à toute ma famille en anglais. Pas toujours facile ...Les plus jeunes pour qui l'apprentissage de l'anglais n'est pas trop loin comprenaient, mais pour mes parents ou mes grands-parents, c'était très frustrant, surtout que les garçons à 3 ans et demi sont maintenant capables de soutenir une longue conversation, de faire des blagues etc et tout le monde avait un peu l'impression de rater quelque chose...

Et puis, nous sommes rentrés à Glasgow et ils sont restés tous les deux chez Manou. L'immersion totale ! Le premier jour, Liam continuait à parler anglais mais Noah tentait quelques bribes de français de ci de là. Au bout de trois jours, ils parlaient tous les deux en français exclusivement, même quand ils se parlaient l'un à l'autre ou me parlaient au téléphone. Je n'aurais jamais cru que la transition se ferait si rapidement. Comme si le fait que nous ne soyons plus là ait levé un blocage, une certaine timidité...
De retour à Glasgow, ils parlent encore français. Evidemment, ils font des fautes, mais ils en font aussi en anglais. Le genre des noms en particulier leur pose particulièrement des problèmes ainsi que les contractions (du/au etc) et certaines constructions grammaticales où ils transposent directement depuis l'anglais (Noah's vélo plutôt que le vélo de Noah par exemple). Ils me demandent souvent du vocabulaire mais généralement se font bien comprendre. Et le plus surprenant pour moi, c'est que leurs voix et leurs intonations me semblent différentes... Et Liam a l'accent du Sud! Il réclame du paingue (avec du vingue et du boursingue !), des câlingues et que je lui donne la maingue. Je pense que le fait qu'ils soient à la maison toute la journée avec moi plutôt qu'à la crèche a aussi bien aidé à consolider leurs acquis.
Au début, ils parlaient français à leur papa, aux voisins, à tout le monde. Ils ont vite réalisé que s'ils voulaient une réponse, il valait mieux repasser à l'anglais. Donc, ils en sont maintenant au stade où ils s'adressent à moi en français et aux british en anglais. Il y a bien parfois des petits mélanges mais globalement, ils font bien la différence.
Ils reprennent la crèche demain - 3h tous les matins - donc on verra comment cela se passe et s'ils continuent à jongler entre les deux langues aussi comfortablement ou si l'anglais va reprendre le dessus.... Affaire à suivre!